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Banques et investisseurs: les clés pour convaincre et financer son entreprise

5 novembre 2026
Dans Business

Obtenir un financement ne dépend pas uniquement de la qualité d’un projet ou de son potentiel commercial. Pour convaincre une banque ou un investisseur, une entreprise doit aussi démontrer sa capacité à maîtriser les risques, présenter des comptes fiables, disposer d’une gouvernance claire et prouver que son équipe peut concrétiser ses ambitions. C’est l’un des principaux enseignements de la troisième édition des Rencontres du Financement, organisée le 5 novembre 2026 par la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (CCITF).

Avec près de 270 participants attendus et 75 rendez-vous B2B confirmés avec dix acteurs du financement, cette édition a choisi de dépasser la simple présentation des dispositifs financiers. L’objectif est désormais d’aider les entrepreneurs à comprendre les critères de décision des financeurs et à mieux préparer leurs demandes. «Disposer d’un bon projet ne suffit pas toujours. Encore faut-il savoir le structurer, le présenter et en démontrer la rentabilité», a souligné Khelil Chaibi, président de la CCITF, lors de son mot d’ouverture. Il a également insisté sur la nécessité de diversifier les sources de financement, le crédit bancaire ne pouvant répondre à lui seul à tous les besoins de développement des entreprises.

Du côté des institutions financières, le message est clair: un dossier doit présenter aussi bien les perspectives de croissance que les risques susceptibles de compromettre le projet et les moyens prévus pour les maîtriser. Hassen Messedi, banquier principal à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), a notamment recommandé aux entrepreneurs de ne pas présenter le même dossier à tous les financeurs. Chaque institution dispose de son propre mandat et de ses instruments. Il faut donc identifier le bon interlocuteur en fonction de la nature et du montant du besoin.

La BERD, qui a investi 3,2 milliards d’euros en Tunisie depuis 2011, propose plusieurs mécanismes: prêts à moyen et long terme, financements de campagne pour certains secteurs, prises de participation minoritaires et lignes de crédit à travers des banques partenaires. Son mécanisme de partage des risques, notamment avec l’UBCI, permet de raccourcir les délais de traitement. Selon Hassen Messedi, un financement peut ainsi être mis en place en deux à quatre mois lorsque le dossier est suffisamment structuré, contre des délais pouvant atteindre six à douze mois pour certaines opérations directes. Au-delà des chiffres prévisionnels, le banquier invite les entreprises à valoriser leur expérience passée et leur capacité à faire face aux imprévus. «On n’a pas confiance dans un outil, on a confiance en une personne», a-t-il rappelé, mettant également en garde contre les présentations entièrement produites par l’intelligence artificielle. Pour lui, ces outils doivent servir à préparer le dossier, sans remplacer la capacité du dirigeant à défendre et maîtriser son projet.

La dimension environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) pèse également de plus en plus dans les décisions de financement. Walid Akrout, directeur Trésorerie et Funding à l’UBCI, a présenté plusieurs lignes de financement mobilisables par les entreprises tunisiennes. Parmi elles, la ligne GEFF, mise en place avec la BERD, cible notamment l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la gestion des déchets et le traitement de l’eau. Elle s’adresse aux entreprises de moins de 250 salariés et réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros. Le financement peut atteindre 5 millions d’euros, avec une subvention de l’Union européenne représentant 10 à 15% du montant du crédit, versée après l’installation des équipements.

D’autres dispositifs offrent des durées de remboursement plus longues. La ligne Banque mondiale présentée par l’UBCI peut aller jusqu’à douze ans, avec un délai de grâce de trois ans, pour des projets d’investissement et d’équipement, sous réserve des secteurs éligibles. Une autre ligne permet des financements pouvant atteindre 42 millions de dinars sur une durée maximale de dix ans, avec une subvention de 10%. Pour Walid Akrout, les critères ESG ne constituent pas seulement une exigence supplémentaire. Ils permettent aussi de réduire certains coûts, notamment énergétiques, de limiter les risques juridiques et réputationnels et de faciliter l’accès aux marchés internationaux. Il a notamment rappelé qu’une entreprise présentant des manquements sociaux ou des pratiques polluantes peut exposer ses partenaires financiers à des risques importants.

Le financement bancaire n’est toutefois pas la seule voie pour soutenir la croissance. L’ouverture du capital constitue une autre option, à condition d’accepter une relation de partenariat et de partage du risque. Selma Zouaoui, présidente de l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATIC) et directrice générale de STB Sicar, a rappelé que les investisseurs ne recherchent pas uniquement une rentabilité immédiate. Ils évaluent surtout la capacité de l’entreprise à créer de la valeur sur plusieurs années. Trois éléments retiennent particulièrement leur attention: le potentiel du marché, la solidité du modèle économique et la qualité de l’équipe dirigeante. La gouvernance occupe également une place déterminante, avec des attentes précises en matière de transparence financière, de reporting régulier, de répartition des responsabilités et de maîtrise des risques. Autre élément à anticiper dès l’entrée au capital: les conditions de sortie de l’investisseur, généralement prévues sur un horizon de cinq à sept ans.

L’écosystème tunisien du capital investissement dispose aujourd’hui de plusieurs instruments pour accompagner les entreprises à différents stades de développement. D’après les chiffres présentés par Selma Zouaoui, les capitaux sous gestion ont atteint 5,7 milliards de dinars, tandis que les investissements réalisés en 2025 se sont élevés à 522 millions de dinars, répartis sur 223 opérations. Les Sicar concentrent la part la plus importante des capitaux sous gestion, avec environ 4,4 milliards de dinars, tandis que les fonds communs de placement à risque (FCPR) représentent 802 millions de dinars. Le capital-risque a également retrouvé du dynamisme en 2025, représentant près de 22% du total des investissements, contre seulement 4% en 2024. Ces financements permettent notamment d’accompagner les entreprises en création, les startups et les PME dans leurs phases d’amorçage et de démarrage, souvent les plus risquées.

La Caisse des dépôts et consignations (CDC) intervient également dans le financement des entreprises, mais selon une logique différente de celle des banques. «Nous sommes un investisseur de long terme», a expliqué sa directrice d’investissement, Chaima Soudani. L’institution intervient principalement en prise de participation minoritaire, directement ou à travers des fonds d’investissement partenaires. Pour les projets nécessitant plus de 5 millions de dinars, les entreprises peuvent s’adresser directement à la CDC. En dessous de ce montant, elles sont orientées vers les fonds de son réseau, qui compte 24 fonds d’investissement, auxquels s’ajoute le fonds de fonds Anava. La CDC accompagne également les startups et les PME innovantes à travers le programme Flywheel, qui propose notamment deux subventions: R, pouvant atteindre 30 000 dinars pour développer une preuve de concept, et R2, plafonnée à 200 000 dinars pour les startups plus avancées ayant déjà réalisé une première levée de fonds d’au moins 100 000 dinars. À travers ces différents mécanismes, la CDC entend compléter les financements bancaires et faciliter l’accès des entreprises aux fonds propres et aux dispositifs d’accompagnement.

Au final, les échanges ont mis en évidence un enjeu qui dépasse la recherche d’un crédit ou d’une levée de fonds: la capacité des entreprises à construire une véritable stratégie de financement. Banques et investisseurs ne répondent pas aux mêmes besoins, mais leurs interventions peuvent être complémentaires. Aux entrepreneurs de mieux structurer leurs projets, de choisir les instruments adaptés et surtout de construire une relation de confiance avec leurs futurs partenaires financiers.

Ameni Mejri

Ameni Mejri

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