Le financement bancaire des entreprises tunisiennes reste marqué par un déséquilibre: les crédits à court terme progressent, tandis que les financements à moyen et long terme reculent. C’est l’un des principaux constats du rapport annuel sur la supervision bancaire 2025 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), qui relève également une montée du risque de défaut de paiement de la clientèle, malgré une amélioration de la liquidité des banques.
À fin 2025, l’encours des crédits à l’économie a atteint près de 123 milliards de dinars, en hausse de 3,1%, contre 2,8% en 2024. Cette progression reste toutefois modérée au regard des besoins de financement des entreprises et des particuliers. Pour les entreprises privées, l’encours des crédits a augmenté de 2,7% en 2025, contre 1,5% un an auparavant. Mais cette évolution repose essentiellement sur les financements de court terme, destinés à couvrir les besoins d’exploitation, qui ont progressé de 4,8%. À l’inverse, les crédits à moyen et long terme ont reculé de 0,5%, après une hausse de 2,1% en 2024.
Cette évolution mérite une attention particulière du côté des entreprises. Elle traduit une progression du financement des besoins immédiats, alors que les ressources bancaires destinées à soutenir les investissements et les projets de développement marquent le pas. La répartition sectorielle montre également des évolutions contrastées. Les crédits accordés aux entreprises et professionnels ont atteint 92,4 milliards de dinars. Les services concentrent la part la plus importante de cet encours, avec 48,1 milliards de dinars, soit 52,1% du total. L’industrie représente 42,8%, avec 39,6 milliards de dinars, tandis que l’agriculture et la pêche ne pèsent que 5,1%, soit 4,7 milliards de dinars. Les financements destinés à l’agriculture et à la pêche ont néanmoins enregistré une progression de 10,1% en 2025, supérieure à celle de l’industrie (+3,1%) et des services (+3,4%). Une évolution qui améliore légèrement la part de ce secteur dans le portefeuille bancaire.
Du côté des particuliers, l’endettement bancaire a atteint 30,5 milliards de dinars, contre 30 milliards en 2024. Cette quasi-stagnation s’explique notamment par le recul de 1,3% des crédits à l’habitat. La part des crédits aux particuliers dans l’ensemble des crédits à l’économie poursuit ainsi sa baisse, passant de 25,2 à 24,8%. Au-delà des volumes de financement, la BCT souligne plusieurs facteurs de fragilité. La montée du risque de défaut de paiement des clients et la faiblesse de la distribution des crédits continuent de peser sur l’activité bancaire. La progression des dépôts a toutefois contribué à améliorer la liquidité des établissements.
Le contexte macroéconomique reste lui aussi contrasté. La croissance économique a atteint 2,5% en 2025, contre 1,6% en 2024, tandis que l’inflation est revenue à 4,9% en décembre, contre 6,2% un an auparavant. Mais le déficit courant s’est creusé pour atteindre 2,5% du PIB, sous l’effet notamment d’un déficit commercial de 21,8 milliards de dinars.









