L’Espagne veut renforcer sa présence sur le marché algérien des viandes rouges, mais avec une ambition qui dépasse désormais la simple exportation. Deux accords de coopération ont été signés le 5 octobre à Alger entre les organisations espagnoles INTEROVIC et PROVACUNO et des acteurs algériens de la filière. Ils portent notamment sur les échanges de savoir-faire, la logistique et le développement de la filière.
Le premier accord lie l’Algérienne des viandes rouges (ALVIAR), filiale du groupe AGROLOG, à INTEROVIC et PROVACUNO. Le second associe ces deux organisations au Syndicat algérien des importateurs de viandes rouges, selon l’Agence Algérie Presse Service (APS). Cette démarche intervient dans le cadre d’une mission commerciale menée en Algérie du 4 au 6 octobre par INTEROVIC, avec la participation de PROVACUNO et d’entreprises espagnoles. Pour Madrid, l’objectif est de consolider les échanges avec un marché considéré comme stratégique et de créer des relations commerciales plus durables.
L’intérêt pour les entreprises espagnoles est désormais plus large que la vente de viande. Les besoins algériens concernent aussi les abattoirs, l’élevage, la logistique, la chaîne du froid et les technologies destinées à améliorer la production. Sofiane Bahbou, porte-parole du Syndicat algérien des importateurs de viandes rouges, a notamment évoqué auprès de l’APS des perspectives d’implantation d’entreprises espagnoles en Algérie dans la modernisation des abattoirs et le développement de l’élevage intensif dans le Sud, avec un apport en technologies et en savoir-faire. Pour les opérateurs espagnols, l’enjeu est donc de se positionner sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, alors que l’Algérie cherche à augmenter sa production nationale.
Alger veut produire davantage, mais continue d’importer
L’Algérie cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance aux importations de viandes rouges. En décembre 2024, le ministère de l’Agriculture avait installé une commission nationale chargée notamment de renforcer les cheptels bovin et ovin, d’augmenter la production locale et de réduire les importations.
Mais les importations restent nécessaires pour répondre à la demande. Pour l’Aïd el-Adha 2026, l’Algérie avait notamment prévu l’importation d’un million de moutons. Le gouvernement a également élargi les pays fournisseurs, avec l’Espagne, la Roumanie, le Brésil et l’Uruguay. La loi de finances 2026 maintient par ailleurs, jusqu’au 31 décembre 2026, un droit de douane réduit à 5 % pour certaines catégories d’ovins et de bovins vivants destinés à l’abattage ainsi que pour certaines viandes bovines et ovines fraîches ou réfrigérées.
Cette situation crée une fenêtre pour les fournisseurs étrangers, mais aussi pour les entreprises capables d’apporter des solutions à la filière locale. L’Espagne dispose déjà d’un accès renforcé au marché algérien. Depuis avril 2025, l’Algérie autorise notamment l’importation d’ovins vivants espagnols destinés à l’abattage. La nouvelle étape consiste donc à transformer ces échanges commerciaux en partenariats plus structurés. Pour les entreprises espagnoles, le marché algérien pourrait ainsi représenter non seulement un débouché pour leurs viandes, mais aussi une opportunité dans l’élevage, les équipements, les abattoirs et la logistique. Pour l’Algérie, l’enjeu est différent mais complémentaire : utiliser les partenariats étrangers pour renforcer une production locale appelée à prendre davantage de place dans l’approvisionnement du marché.









