Depuis le 1er juillet 2026, l’Indonésie impose le B50, un carburant composé à 50% de biodiesel issu de l’huile de palme et à 50% de diesel fossile. L’objectif est clair: réduire les importations de diesel et mieux valoriser une ressource produite localement.
Pour les automobilistes bénéficiant du carburant subventionné, l’opération est particulièrement intéressante sur le plan du prix. Le B50 est vendu à 6 800 roupies indonésiennes le litre, soit environ 0,38 euro au taux de change cité par Reuters en juillet. À la même période, le diesel non subventionné atteignait 21 150 roupies le litre, soit plus de trois fois le prix du B50 subventionné. L’écart de prix doit toutefois être interprété avec prudence: il ne signifie pas que la production du B50 coûte naturellement trois fois moins cher que celle du diesel. Le prix payé par certains consommateurs est soutenu par le mécanisme de subvention indonésien, financé notamment par les prélèvements appliqués aux exportations d’huile de palme. Reuters rapporte que l’enveloppe prévue pour les subventions au biodiesel en 2026 a été ramenée à environ 32 000 milliards de roupies.
Réduire les importations de diesel
Pour Jakarta, l’enjeu dépasse donc le prix à la pompe. L’Indonésie cherche surtout à réduire sa dépendance aux carburants importés. Avant le passage au B50, le pays consommait près de 38 à 40 millions de kilolitres de diesel par an et importait encore plusieurs millions de kilolitres. Le gouvernement estime désormais que le nouveau mélange permettra d’économiser environ 170 000 milliards de roupies de devises, soit près de 9,7 milliards de dollars. Le dispositif crée également un débouché supplémentaire pour l’industrie de l’huile de palme, secteur majeur de l’économie indonésienne. Le passage du B40 au B50 augmente mécaniquement les besoins en biodiesel et renforce ainsi la demande domestique en huile de palme. Le déploiement est désormais largement engagé. À la mi-septembre, le B50 était distribué dans 6 050 des 6 412 stations-service recensées par le ministère indonésien de l’Énergie, soit environ 94% du réseau. Le gouvernement prévoit de mettre fin à la période de transition à partir du 1er octobre.
Le modèle présente cependant un autre défi: son impact sur les terres et les écosystèmes. Une étude publiée en août 2026 dans Nature Sustainability estime que l’atteinte de l’objectif B50 à l’horizon 2030 pourrait nécessiter entre 4,85 et 8,55 millions d’hectares supplémentaires, avec des risques de conversion des terres, de déforestation et d’émissions liées au changement d’usage des sols. La question est d’autant plus sensible que l’huile de palme est déjà associée à des pressions importantes sur la biodiversité lorsqu’elle entraîne l’expansion des plantations dans les forêts naturelles ou les tourbières. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) souligne que l’impact environnemental du biodiesel dépend fortement de la manière dont la matière première est produite et de la gestion des terres.
Le paradoxe du B50 est donc assez clair: l’Indonésie réduit sa dépendance au diesel importé en augmentant l’utilisation d’une ressource agricole nationale, mais cette stratégie déplace une partie du débat vers l’usage des terres, la biodiversité et le coût des subventions.









