Après plusieurs échéances repoussées, le data center national de la République du Congo devrait finalement être inauguré avant la fin de 2026. Lancé en 2024 à Brazzaville, le chantier affiche actuellement un taux d’exécution de 82%, selon l’Agence congolaise d’information. Lors d’une visite effectuée les 22 et 23 septembre, les autorités ont obtenu de l’entreprise chinoise chargée des travaux l’engagement d’achever l’infrastructure d’ici la fin de l’année.
Installé à Bacongo, dans le deuxième arrondissement de Brazzaville, sur l’ancien site de l’Union africaine des postes et télécommunications (UAPT), le futur centre doit devenir l’une des infrastructures centrales de l’écosystème numérique public congolais. Il est destiné à héberger, stocker et traiter les données numériques de l’administration ainsi que les applications utilisées ou développées par les services publics. Le bâtiment compte trois niveaux et un sous-sol, avec notamment des salles de serveurs, de contrôle et de supervision et des espaces techniques consacrés à l’énergie et à la climatisation.
Le projet a accumulé les reports. En septembre 2024, alors que les travaux avaient dépassé 60%, le gouvernement annonçait une livraison avant la fin décembre de la même année. Quelques mois plus tard, fin février 2025, l’avancement dépassait 80% et une inauguration était annoncée pour novembre.
En août 2025, le chantier dépassait cette fois 90%. La Banque africaine de développement et le gouvernement congolais tablaient encore sur une inauguration avant le 28 novembre. Cette échéance n’a finalement pas été respectée. Des difficultés liées au financement ont notamment perturbé la dernière phase du chantier. En octobre 2025, alors que les travaux étaient annoncés à 95%, l’entreprise chinoise Sumec avait menacé de se retirer en raison du retard dans le versement de la quote-part attendue du gouvernement congolais.
Le nouveau calendrier annoncé en septembre 2026 constitue donc une nouvelle échéance, après plusieurs précédentes annonces qui n’ont pas abouti.
Le data center s’inscrit dans la composante congolaise du projet Central Africa Backbone (CAB), consacré au développement des infrastructures numériques régionales. Le programme représente un financement total de 66,55 millions d’euros, dont 52,47 millions d’euros apportés par la Banque africaine de développement et 14,5 millions d’euros par l’État congolais. Sur cette enveloppe, environ 13,8 millions d’euros sont destinés à la construction et à l’opérationnalisation du centre de données. Le CAB ne se limite pas au data center. Le programme a également permis de mettre en place plus de 600 kilomètres de fibre optique pour relier le Congo au Cameroun et à la République centrafricaine. Le réseau comprend notamment 341 kilomètres vers le Cameroun et 281 kilomètres vers la République centrafricaine. Le centre de données vient ainsi compléter la connectivité par une capacité locale d’hébergement et de traitement.
L’enjeu dépasse le stockage des données
Pour le Congo, l’intérêt du projet ne réside pas uniquement dans la construction d’un bâtiment équipé de serveurs. La Banque africaine de développement présente cette infrastructure comme un moyen de renforcer la maîtrise nationale des données numériques et la souveraineté numérique du pays. L’objectif est notamment de permettre que les données et certaines applications publiques soient hébergées localement, plutôt que de dépendre exclusivement d’infrastructures situées à l’étranger.
Pour les administrations comme pour les entreprises, cette évolution peut également avoir des implications sur l’écosystème numérique local: disponibilité des services, hébergement des applications, traitement des données et développement de nouveaux services numériques dépendront en partie de la capacité réelle du centre à fonctionner de manière fiable une fois mis en production.
La question de l’alimentation électrique reste d’ailleurs un point technique important dans cette dernière phase. Les informations communiquées lors de la visite de septembre indiquent que les équipes travaillent sur la sécurisation de l’alimentation du centre, notamment à travers l’articulation avec le réseau électrique et des solutions solaires. Le site de Kintélé, où une centrale solaire est développée, a également été visité dans le cadre de la même mission.
Si le calendrier annoncé est cette fois respecté, le Congo disposera donc avant la fin de 2026 d’une infrastructure nationale destinée à devenir un point central de son architecture numérique publique. Mais après plusieurs échéances successives non tenues, la prochaine étape déterminante sera moins l’annonce d’une date que le passage effectif du chantier à l’exploitation.









