Le déploiement du registre des appareils mobiles au Nigeria ouvre un nouveau front entre le régulateur et les professionnels du marché. L’Association of Mobile Phones and Allied Products Traders of Nigeria (AMPAT) conteste les frais qui doivent accompagner l’enregistrement des appareils nouvellement importés dans le cadre du Device Management System (DMS) de la Nigerian Communications Commission (NCC). Les distributeurs craignent que cette charge ne soit finalement répercutée sur les consommateurs.
Le principe du DMS n’est pas contesté par l’association. La NCC présente le dispositif comme un outil destiné à renforcer le contrôle des appareils connectés aux réseaux nigérians, notamment grâce à l’enregistrement de leur numéro IMEI. Selon le régulateur, les appareils compatibles avec une carte SIM devront être enregistrés avant leur commercialisation. Le système doit notamment faciliter l’identification des appareils non conformes ou importés illégalement et permettre de bloquer les téléphones signalés comme volés.
Le désaccord porte plutôt sur le volet financier. Dans une déclaration rapportée par la presse nigériane, le président de l’AMPAT, Musa Haruna Mamza, estime que les fabricants, importateurs, distributeurs et détaillants pourraient intégrer ces nouvelles charges dans leurs prix plutôt que de les absorber. L’association demande ainsi aux autorités de revoir les modalités financières du dispositif et sollicite l’intervention du ministre des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani. Cette inquiétude intervient alors que l’accès aux smartphones reste un enjeu majeur de connectivité au Nigeria. D’après la GSMA, seuls 27% de la population possédaient un smartphone en 2024, ce qui signifie qu’environ 73% n’en possédaient pas. Le coût demeure l’un des principaux freins à l’adoption. Le paradoxe est particulièrement visible sur les prix. La GSMA indique que le prix médian d’un smartphone d’entrée de gamme au Nigeria est passé de 84 dollars en 2018 à 18 dollars en 2024. Mais cette baisse en dollars n’a pas suffi à rendre l’appareil réellement abordable pour une grande partie de la population, notamment sous l’effet de la dépréciation du naira et de la hausse du coût de la vie. En 2024, un smartphone d’entrée de gamme représentait ainsi 26% du revenu mensuel moyen, mais jusqu’à 56% pour les 40% les moins aisés et 73% pour les 20% les plus pauvres.
De son côté, la NCC poursuit le déploiement du DMS avec les fabricants, importateurs, distributeurs et autres acteurs du marché. Le régulateur indique que la première phase porte notamment sur l’intégration des appareils déjà en stock et sur l’enregistrement des appareils importés à l’avenir. À ce stade, la contestation porte donc moins sur le principe d’un registre national des appareils que sur la manière dont son coût sera réparti au sein de la chaîne de distribution.









