Ce n’est plus seulement une histoire de production automobile. En Tunisie, la filière entre désormais dans une phase où se jouent la technologie, la valeur ajoutée et le positionnement international. À l’occasion des 60 ans du secteur et des 10 ans de la TAA, les acteurs de l’automobile ont affiché une même idée : le modèle change, et vite.

Dans une industrie mondiale bouleversée par l’électrification, le software et les nouvelles chaînes de valeur, la Tunisie tente de consolider ses acquis tout en accélérant sa transformation. « Le monde change rapidement, et avec lui les métiers et les technologies », a rappelé Myriam Elloumi, présidente de la TAA, évoquant une opportunité autant qu’un défi pour le pays.
En dix ans, la TAA s’est imposée comme un point de convergence pour un secteur longtemps fragmenté. Industriels, institutions, centres techniques et universités évoluent désormais dans un cadre plus structuré.
Selon les données présentées lors de l’événement tenu le 3 juin 2026, l’association regroupe aujourd’hui 80 entreprises représentant près de 80 % des emplois du secteur. Une structuration qui a permis de faire émerger une voix commune et de renforcer le dialogue avec les pouvoirs publics.
Cette dynamique a notamment débouché sur le Pacte pour la compétitivité de l’industrie automobile signé en 2022 avec l’État. Un cadre stratégique articulé autour de six piliers : infrastructures, réglementation, recherche et développement, emploi et formation, marketing et durabilité. Pour Imed Charfeddine, vice-président de la TAA, ce pacte traduit une évolution majeure : celle d’une industrie qui ne travaille plus en silos, mais en écosystème coordonné.
Une performance tirée par les exportations
Les chiffres confirment la montée en puissance du secteur. Les exportations automobiles tunisiennes sont passées de 624 millions d’euros en 2010 à près de 4 milliards d’euros en 2025. Depuis 2018, la croissance moyenne annuelle atteint 16 %, avec des projections qui dépassent les 4,2 milliards d’euros en 2026. En parallèle, la filière s’est élargie. Plus de 300 entreprises sont aujourd’hui actives dans l’écosystème, et l’emploi direct est passé de 80.000 en 2018 à plus de 120.000 aujourd’hui. Une trajectoire maintenue malgré les crises successives et les tensions géopolitiques mondiales. Mais derrière les performances économiques, un autre pilier revient avec insistance : les compétences.
Pour Lamia Fourati, vice-présidente de la TAA, la force de l’industrie automobile tunisienne repose d’abord sur les talents locaux. Des ingénieurs aux techniciens, en passant par les opérateurs et opératrices dans les usines, tous constituent la base réelle de la filière.
La formation est devenue un levier stratégique. À travers la Tunisian Automotive Management Academy (TAMA), lancée avec le soutien de la GIZ, plus de 3.000 professionnels ont été formés. L’académie est également certifiée partenaire VDA QMC, une référence mondiale dans les standards qualité de l’industrie automobile.
La prochaine bataille
La filière regarde désormais vers l’étape suivante : l’innovation. Avec le soutien de l’AFD et de la CDC, la TAA a lancé un programme destiné à intégrer les startups dans la chaîne industrielle automobile. L’objectif est clair : dépasser les projets pilotes pour aller vers des solutions industrialisables, capables de s’intégrer dans les chaînes de valeur globales. À l’heure où l’industrie automobile mondiale se reconfigure, la Tunisie mise sur un triptyque devenu central : compétences, innovation et intégration internationale. Dix ans après sa structuration, la filière n’est plus seulement dans une logique de croissance. Elle entre dans une phase où se joue sa capacité à changer d’échelle.


