Financement insuffisant, stratégies non appliquées, engagement ESG encore superficiel : le premier panel du Forum sur les Initiatives de développement durable, tenu le 16 avril 2026 sous le thème «Smart Tunisia 2030: gouverner pour réussir la transition durable», a dressé un état des lieux sans complaisance de la transition écologique en Tunisie. Au centre des débats : le rôle structurant que les institutions financières doivent jouer.

Avoir une posture passive, attendre les initiatives et les filtrer : c’est précisément ce que Nazir Lajdel, Directeur central Innovation et Expérience Client à la Banque Zitouna, invite à dépasser. Selon lui, réduire le rôle d’une banque à celui d’un simple financeur revient à « passer à côté de 80 % de l’opportunité réelle ». Dans le cadre réglementaire actuel, estime-t-il, il est déjà possible de décliner 90 % des initiatives opérationnelles liées à l’environnement et à l’optimisation énergétique — à condition d’adopter une posture active. Ce rôle élargi se décline selon lui sur trois axes. Le premier est stratégique: orienter, encadrer et structurer les flux d’investissement en intégrant des critères ESG dès la phase décisionnelle. Le deuxième est systémique : interpeller le régulateur pour qu’il adapte son cadre aux réalités de la finance verte, car les cycles économiques des projets d’énergie renouvelable ne correspondent pas aux cycles classiques d’un investissement standard. Le troisième axe est interne: innover en matière de produits financiers et exploiter la donnée pour mieux orienter les flux.

Des stratégies sans exécution
«En Tunisie, on doit cesser de faire des stratégies et commencer à les appliquer », a lancé Tahar Ben Lakhdar en ouverture, pointant une efficacité d’exécution historiquement faible. Nazir Lajdel a abondé dans ce sens, reconnaissant que la difficulté ne réside pas dans la conception des plans mais dans leur traduction opérationnelle : « faire le lien entre la littérature et l’ambition théorique d’un côté, et le terrain de l’autre, c’est compliqué ». Sur le terrain des entreprises, le constat est similaire. Une étude du CMF, citée par la directrice exécutive de Managers magazine, portant sur les 20 plus grandes entreprises cotées en bourse révèle que si les trois quarts considèrent les critères ESG importants, seulement 20 % ont eu recours à un auditeur indépendant pour valider leur démarche. «On est dans le discours, pas dans le mécanisme de preuve», a résumé Mechri et d’ajouter « Sans taxonomie verte, les pratiques ESG resteront l’apanage des grandes entreprises, laissant les PME en marge».
Par ailleurs, les ressources en eau constituent un autre point de tension majeur. La Tunisie se situe en dessous du seuil de stress hydrique, avec moins de 360 litres d’eau disponibles par habitant et par an. Aouatef Messai, Directrice Générale de l’Environnement et de la Qualité de la Vie, a rappelé que 300 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées pourraient être réutilisés dans l’agriculture et d’autres secteurs, libérant ainsi l’eau noble pour d’autres usages. Un code de l’eau en révision depuis 2009 attend pourtant toujours d’être adopté. Du côté agricole, l’APIA, représentée par sa Directrice Générale Inji Doggui, mise sur des subventions allant jusqu’à 50 % pour encourager l’irrigation intelligente, l’agriculture biologique et les travaux de conservation des sols. L’objectif affiché est de porter la part de l’investissement agricole des jeunes de 11 % à 20 % d’ici 2030.


