Un fonds d’investissement tunisien vient de révéler, pour la première fois, l’intégralité de son portefeuille deeptech. Onze startups. Trois continents. Des fondateurs formés au MIT, à Stanford et à l’EPFL. C’est le bilan du Titan Seed Fund I, géré par Medin VC, dévoilé hier soir à la Startup Village d’El Menzah.
Deux ans et demi de travail discret
L’événement a réuni des investisseurs institutionnels, des fonds partenaires de Smart Capital et les fondateurs des startups sélectionnées. «Nous avons été discrets, mais nous avons été très occupés», a affirmé Ghazi Ben Othmane. Deux ans et demi de travail intense, loin des projecteurs, pour construire ce qui se présente aujourd’hui comme l’un des premiers fonds deeptech du continent africain.
L’ambition, a-t-il expliqué, dépasse le cadre du financement. Il s’agit de transformer la Tunisie en hub technologique sur le modèle de Singapour, non pas un pays consommateur ou transformateur de technologie, mais un producteur de propriété intellectuelle de classe mondiale. Un positionnement qu’il a ancré dans le contexte géopolitique du moment: «Ce n’est pas seulement une question d’utiliser la technologie. C’est aussi la maîtriser, la développer et en être propriétaire».
Noomane Fehri aux startups: «Sans vous, il n’y aura pas de fonds». Aux investisseurs ensuite, en soulignant le courage de ceux qui ont cru au projet dès le départ: «Mettre deux millions de dinars dans une idée, les gens qui mettent leur retraite et leur argent avec vous, merci».
La souveraineté technologique
Sur le fond, Fehri et Ben Othmane partagent la même conviction, formulée chacun à sa manière. Les secteurs retenus — LifeScience, cybersécurité, intelligence artificielle — ont été identifiés dès 2018, bien avant que la souveraineté numérique ne devienne un sujet de tribune. «Nous croyons profondément à la souveraineté technologique», a affirmé Fehri. Ben Othmane avait posé le même principe en ouverture: les événements géopolitiques actuels, a-t-il dit, «montrent que la souveraineté technologique est importante» pour les nations de toutes tailles, y compris la Tunisie.
Pour Fehri, cette souveraineté ne se construit pas dans l’isolement. Elle se construit dans les partenariats. Il voit dans les binômes franco-tunisiens et suisso-tunisiens portés par ce fonds une réponse concrète à la concentration des dépendances numériques entre quelques puissances. «Le nord et le sud de la Méditerranée vivront toujours ensemble, quoi qu’on fasse. On ne changera pas la géographie. Donc, on doit trouver une souveraineté commune».
Onze startups, trois secteurs
Le portefeuille couvre trois domaines stratégiques. En intelligence artificielle, Thunders automatise les tests logiciels par des agents pré-entraînés et promet de réduire les coûts de maintenance de 90%. Qubit Engineering développe des algorithmes d’optimisation quantique pour les réseaux énergétiques. Degla orchestre des flottes de drones en langage naturel pour les opérations de recherche et sauvetage. NativeAds.ai réinvente la production publicitaire par l’IA générative, avec un contrôle humain maintenu dans la boucle.
En LifeScience, DigeHealth développe un dispositif portable de surveillance continue de l’activité intestinale par analyse acoustique. BiPER Therapeutics travaille sur une nouvelle classe de molécules anticancéreuses ciblant une protéine clé du stress cellulaire. ABI valorise des découvertes scientifiques en solutions commercialisables via un mécanisme de licence de propriété intellectuelle. Moonlight AI applique la vision par ordinateur aux biopsies liquides pour démocratiser le diagnostic oncologique. Wealthy Technology automatise la documentation réglementaire pour les acteurs pharmaceutiques et medtech, avec des économies annoncées de 75 % sur les coûts et 80 % sur les délais.
En cybersécurité, Pwn & Patch surveille en temps réel des milliards de points de données sur le dark et le deep web. Preemptics simule des attaques réelles pour identifier les failles, en particulier dans les systèmes pilotés par l’IA.
La prochaine étape est déjà tracée. Fehri a annoncé un second fonds en cours de structuration, avec une enveloppe plus importante et l’ambition d’étendre le modèle au Maroc et à l’Algérie.









