
À l’occasion de l’édition tunisienne de l’initiative mondiale “Ring the Bell for Gender Equality”, organisée dans le cadre de la Journée internationale des femmes, la question de la place des femmes dans les instances de décision des entreprises a été largement débattue. Si des progrès sont observés, les intervenants ont souligné que le chemin vers une véritable parité reste encore long.
Le directeur général de la Bourse de Tunis, Bilel Sahnoun, a indiqué que la présence des femmes dans les conseils d’administration des entreprises tunisiennes atteint aujourd’hui 19%, contre 17% l’année dernière. Une progression, certes, mais encore modeste.
“Nous nous améliorons un tout petit peu”, a-t-il déclaré, soulignant que cette évolution reste lente. Selon lui, malgré ce rythme mesuré, la Tunisie se situe dans une position relativement correcte à l’échelle internationale. Avec un taux de 19%, le pays se place au milieu du tableau parmi les pays du G20, dépassant certaines grandes économies comme l’Inde, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l’Argentine, l’Indonésie, le Mexique ou encore l’Arabie saoudite.
Pour autant, Bilel Sahnoun estime que ces progrès reposent encore largement sur des initiatives volontaires des entreprises. “Cela reste souvent une question de volonté ou de choix individuels”, a-t-il expliqué, notant que certaines sociétés font l’effort d’intégrer davantage de femmes dans leurs conseils, tandis que certaines femmes hésitent encore à briguer ces fonctions.
Pour accélérer cette dynamique, le responsable plaide pour l’adoption d’un cadre législatif en Tunisie, estimant que les pays ayant enregistré les progrès les plus rapides sont ceux ayant instauré des quotas.
“Les pays qui ont évolué rapidement sont ceux qui ont adopté des lois imposant un certain pourcentage de femmes dans les conseils d’administration”, a-t-il expliqué, citant notamment la France et l’Italie, où la présence féminine dépasse aujourd’hui 40% grâce à des dispositifs légaux.
L’objectif, à terme, serait d’atteindre un niveau comparable à celui instauré en France par la loi Copé-Zimmermann, qui impose une représentation féminine de 40% dans les conseils d’administration.
Au-delà de la gouvernance, la Bourse de Tunis souhaite également renforcer la participation des femmes à l’investissement financier. “Nous devons encourager les femmes à investir en Bourse”, a insisté Bilel Sahnoun. L’institution prévoit ainsi de publier, lors de la prochaine édition de l’initiative, des données sur la proportion de femmes investisseuses par rapport aux hommes.
La Bourse entend également travailler sur le financement des femmes, en s’appuyant sur des comparaisons internationales afin d’identifier des pistes pour améliorer leur accès aux ressources financières et renforcer leur autonomie économique. “Les expériences montrent que lorsque l’on finance une femme, l’argent est généralement bien valorisé et fructifie”, a-t-il ajouté.
Cette réflexion rejoint les priorités portées par ONU Femmes, partenaire de l’événement. Sa représentante, Florence Basty, a salué la collaboration engagée avec la Bourse de Tunis et exprimé le souhait de la voir s’inscrire dans la durée.
“C’est un privilège de mener cette initiative en partenariat avec la Bourse de Tunis, qui a signé les Women’s Empowerment Principles”, a-t-elle déclaré. Selon elle, le marché financier peut jouer un rôle déterminant dans l’évolution des pratiques des entreprises, notamment en matière de gouvernance et d’égalité.
Elle a rappelé que l’engagement du secteur privé est essentiel pour atteindre les objectifs d’égalité. “Sans égalité entre les femmes et les hommes, la société ne peut pas prétendre à un véritable développement”, a-t-elle affirmé, soulignant que les entreprises occupent une place centrale dans l’économie en créant des emplois, en structurant les chaînes de valeur et en orientant les flux d’investissement.
Les marchés financiers peuvent également influencer les comportements des entreprises en fixant des standards de gouvernance et de transparence, notamment à travers les critères ESG.
Dans ce cadre, le directeur général de la Bourse de Tunis a indiqué que 17 entreprises cotées ont déjà publié leur reporting ESG, plus La Bourse. D’autres devraient suivre l’année prochaine, permettant de disposer de données plus précises pour mesurer le niveau d’engagement des entreprises en matière d’égalité de genre et définir des indicateurs de performance.
Florence Basty a également replacé la question dans un contexte mondial. Selon le Global Gender Gap Report 2025 du Forum économique mondial, l’égalité entre les femmes et les hommes ne serait atteinte que dans 123 ans au rythme actuel. Elle a également cité le Global Boardroom Program 2023 de Deloitte, qui indique que les femmes occupent 23,3% des sièges dans les conseils d’administration dans le monde, un chiffre révélateur d’un accès encore inégal aux postes de pouvoir économique.
Pourtant, la diversité constitue aussi un facteur de performance pour les entreprises. Une étude de McKinsey & Company montre que les entreprises figurant parmi les 25% les plus avancées en matière de diversité dans leurs équipes dirigeantes ont 25% de probabilité supplémentaire de surperformer financièrement.
“L’égalité est bien sûr un impératif de droits humains, mais elle représente aussi un levier de compétitivité, d’innovation et de performance économique”, a-t-elle souligné.
En Tunisie, Florence Basty reconnaît l’existence de progrès, notamment dans la représentation des femmes dans les conseils d’administration, passée de 13,9% en 2022 à 19% aujourd’hui. Toutefois, plusieurs défis persistent.
Le taux de participation des femmes au marché du travail reste en effet d’environ 26,6%, soit à peine une femme sur quatre active dans l’économie formelle.
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