Derrière l’apparente stabilité globale dans le nombre des occupés en Tunisie au quatrième trimestre 2025 par rapport au troisième, se cache une réalité beaucoup plus contrastée, marquée par de profondes disparités de genre. La répartition des emplois entre hommes et femmes demeure très inégalitaire. Les hommes représentent 2 561 800 actifs occupés, soit 71% de l’emploi total, contre seulement 1 048 100 femmes, soit 29%.
L’analyse comparative avec l’année 2024 révèle une évolution qu’il convient d’expliquer, et qui concerne l’emploi féminin. Entre 2024 et 2025, le nombre d’hommes employés a augmenté de 47 800, tandis que celui des femmes a chuté de manière spectaculaire, avec une perte de 222 900 emplois en l’espace d’un an, soit une baisse de 17,5%.
Cette dégradation interroge sur ses causes profondes, surtout qu’il s’agit bien d’un pic au quatrième trimestre 2024, suivi d’une normalisation dès le premier trimestre 2025.
Cela peut s’expliquer par la forte saisonnalité de l’emploi féminin. Le secteur agricole en est le meilleur exemple. Il constitue le premier réservoir d’emplois saisonniers féminins. Les femmes y représentent une main-d’œuvre essentielle mais invisibilisée, travaillant principalement lors des périodes de récolte, de cueillette ou de traitement des cultures. La fin de l’année 2024 a coïncidé avec la récolte des olives. Mais en 2025, aucune hausse particulière n’a été observée, bien que la saison soit bien meilleure. Cela limite la plausibilité de cette explication.
Le textile-habillement est un autre secteur où le travail est largement féminisé. Est-ce que la fin de l’année 2024 a enregistré une hausse exceptionnelle de la demande des marchés européens pour expliquer un tel rythme d’embauche? Nous l’ignorons également.
Quel qu’il en soit, cela jette de la lumière sur la question de la saisonnalité de l’emploi féminin en Tunisie. Il ne s’agit pas d’un simple phénomène conjoncturel, mais bien d’une caractéristique structurelle du marché du travail, profondément ancrée dans l’organisation économique du pays et les rapports sociaux de genre. Elle condamne des centaines de milliers de femmes à une précarité permanente, sans protection sociale, sans perspective de carrière et sans reconnaissance de leur contribution essentielle à l’économie nationale. Des efforts sont en train d’être consentis, sur les plans juridique et social. C’est une reconnaissance de la dignité et c’est le minimum envers ces travailleuses de l’ombre.









